Il y a ces matins calmes où seule l'agitation de la rue me tire du sommeil. Il y a leurs petits lits faits au carré. Il y a leurs chambres immaculées - j'ai profité de leur absence pour jeter quelques années de jouets Mac Donald's, Quick et compagnie, des puzzles incomplets, des petites autos cassées... Il y a ces déjeûners en amoureux avec mon assiette de pâtes. Il y a ces longues minutes qui s'écoulent avant que je ne me décide à les appeler: pas trop tôt pour ne pas faire trop mère-poule, pas trop tard pour ne pas perturber leur repas. Il y a sa petite voix fluette: "Bonjour maman, belle journée n'est-ce pas?" Un original mon fils, un gentleman même. Il y a ces quelques mots échangés. Au début du séjour, ils sont peu nombreux, des phrases courtes, des onomatopées presque "Je m'amuse bien" "J'ai mangé des crêpes"... Puis un vague "Au revoir bisous". Puis les jours passent et je sens mon fils qui essaie de me retenir, s'accroche au téléphone, racontant ce que sa soeur fait alors qu'il y a cinq jours il n'avait que quelques rares mots pour décrire sa journée à lui. Il y a moi qui crève d'envie de prendre la voiture et de parcourir les 200km qui nous séparent juste pour les serrer dans mes bras. Moi qui me languis de leurs câlins du soir. Moi qui étais fatiguée d'être sans cesse sollicitée mais à qui les "Mamaaaaannn?! Tu peux m'attraper les céréales tout en cherchant ma cartouche de jeu Luigi et en nettoyant le jus d'orange qu'Olivia vient de renverser sur le parquet?" me manquent. Il y a l'heure du bain le soir, quand on fait des bulles géantes et que le grand rit de voir sa soeur manger la mousse en tentant vainement de nous imiter.

Ca ne fait que dix jours et je me sens comme amputée des deux jambes. Je me surprends à nouveau à me balancer d'avant en arrière, machinalement, comme quand je vous berçais pour vous aider à trouver le sommeil ou pour apaiser vos pleurs. Je ressors des vieux album-photos sous prétexte de ranger la bibliothèque. La maison est comme une coquille vide, une grotte inhabitée dont l'écho est insupportable. Et pourtant Dieu sait si je l'attendais ce silence, je l'attendais, je l'invoquais, je le priais, je le quémandais quand, le soir, j'éteignais vos petites lumières. Je bénissais ce silence et maintenant il me fait l'effet d'une mauvaise blague qui aurait assez duré.

Il y a ce grand vide que les parents remplissent de mots. Vous n'êtes pas là mais vous vous retrouvez immanquablement au centre de la conversation. Ces tête-à-têtes longtemps espérés se trouvent être finalement l'occasion de faire la lumière sur quelques points de désaccord concernant votre éducation ou votre régime alimentaire, ou juste le plaisir de se rémémorer vos exploits ou vos bons mots. Il y a les pleurs des autres enfants dans la rue qui me font me retourner en me demandant l'espace d'une seconde lequel des deux est tombé. Il y a moi qui prépare des petites surprises pour leur retour. J'ai ressorti le petit garage qu'il aime tant et qui traîne toujours, tant et si bien que je l'avais descendu à la cave. J'ai trouvé une petite boîte à bijoux pour elle, ma coquette, ma princesse. Et j'y ai rangé des petits trésors pour me nourrir de son sourire quand elle les découvrira.

Il y aura l'excitation samedi, quand ma soeur me les ramènera. Je tournerai comme un lion en cage, regardant ma montre toutes les 30 secondes. Elle a envoyé un texto à quelle heure déjà? Elle a dit qu'elle était au péage de l'A1, il lui reste combien de temps? Et si il y avait des bouchons, tu sais, là-bas où il y a ce fichu centre commercial.

Oui je veux bien retrouver les cris stridents de ma princesse, les complaintes de mon petit Caliméro. Je veux bien recommencer à courir partout, tout le temps. Je veux bien du package: câlins, amour et fatigue. Recommencer à m'arracher les cheveux pour faire manger mon grand, ou rendre propre ma petite. Revoir le même dessin animé en boucle, ranger mille fois les mêmes jouets qui traînent dans le salon.

Allez allez la plaisanterie a assez duré... Mais promis, on remet ça dans 3 mois, promis juré!

 

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