Elle a un coeur de gamine dans un corps de femme. Elle porte pourtant sur le monde un regard désabusé. Ses yeux verts sont toujours brillants, mais plus pour les bonnes raisons. Je n'y vois plus la joie mais un torrent de larmes prêt à quitter son lit, à la moindre intempérie. C'était si bon de l'entendre rire à nouveau, ce soir-là. Oh je sais bien que je ne devrais pas faire ça, que je ne devrais pas écrire tout ça, l'écrire, le rendre tengible, l'exposer. Mais je n'écrirai rien que ceux qui comptent pour elle ne sachent pas déjà, rien dont elle n'ai à rougir. Mais qui suis-je pour intervenir? Juste une amie "sur le tard", une amie en pointillé, une amie qui connaît les grandes lignes mais ignore les détails, une amie qui ne force pas la confidence mais sait juste être là, une épaule, une oreille, une amie qui ne l'a pas même connue "avant"... Si les épreuves et les drames que nous traversons nous façonnent, il en est qui nous brisent, nous fêlent, nous fissurent à l'intérieur, si bien qu'un jour une simple brise précipite notre chute. Une vie entière n'y suffirait pas à recoller les morceaux. Mais la force, le courage, la confiance en soi, le goût de vivre, sont autant de choses gravées dans notre ADN et un simple déclic suffit parfois à les réveiller.

On porte tous en nous la clef de notre bonheur. Car même si le sort nous accable, il ne tient qu'à nous de redistribuer les cartes. La main qui tremble, le regard qui fuit, la voix qui déraille, je sais son malaise, sa détresse. Entourée de sa petite famille, elle se sent déconnectée, entourée et pourtant tellement seule. La vie suit son cours mais le capitaine a quitté le navire depuis bien longtemps. Moi et cette fichue pudeur, on aurait dû la prendre dans nos bras, lui dire que ça allait s'arranger, que la roue allait tourner. Pourtant oui, ce que je fais là est impudique, mon exhibitionnisme, mon audace ont de ça en commun avec mon sens de la répartie, toujours 10 ans de retard. Oui j'aurai dû lui rappeler combien elle est aimée, car l'amour peut tout, même l'impossible. Je sais qu'elle sait qu'elle est aimée mais que sans doute, sur ce coup-là, il faudra puiser en elle-même la force de vaincre.

Allumer ton mp3, ton ipad, tout ce que tu veux, une vieille chanson résonne à fond, fermer les yeux, se déhancher comme quand tu avais 15 ans, quand tout était encore à écrire. Tu peux encore être celle que tu aimerais être, celle que tu es déjà mais qui s'efface doucement, inexorablement, celle qui n'a peur de rien, celle que tu étais à 15 ans, elle n'est pas éteinte, juste assoupie, endormie. Elle aurait tant de choses à te dire si celle que tu es aujourd'hui ne lui mettait pas les mains sur la bouche pour la faire taire.

Prend le volant, roule et roule encore dans la campagne, ton appareil photo sur le siège passager. Souviens toi des belles choses. Les champs de blé sous le chaud soleil de juillet, ils sont superbes en ce moment. Ou les étranges terrils, reliefs inattendus du plat pays qui est désormais le tien.

Saisis la main qu'une amie te tend. On ne peut aider quelqu'un contre son gré. Prouve nous que nos efforts ne sont pas vains et que l'amitié peut au pire te redonner le sourire le temps d'un après-midi, au mieux briser cette solitude qui te pèse, même si tu ne veux pas forcément l'avouer.

Une fille pleine d'esprit, une véritable artiste, des tâches de rousseur planquées derrière un viseur, un tatouage au creux des poignets en forme de guillemets, et si cette parenthèse était terminée, si le capitaine reprenait sa place... Dépoussiérer ce coeur endormi, se sentir enfin vivante...