Cette fille en moi que je déteste, c'est cette fille qui remet tout au lendemain, qui paresse, qui procrastine, qui fait du surplace, regardant les personnes qui lui sont chères évoluer, progresser, monter sur l'échelle sociale, pendant que son monde reste figé, immobile, inaltérable, immuable.

Cette fille en moi que je déteste, c'est cette fille timide et réservée, maladroite et même parfois tarte. Celle qui a peur sans savoir de quoi exactement, peur du regard des autres, de leur jugement qu'elle imagine forcément sévère et sans pitié. Celle qui a du mal à se mêler à un groupe, qui doit se faire violence pour adresser la parole à un/une inconnu(e) ou même qui peine à dire ses sentiments, de vive-voix. Celle qui aimerait prendre les gens (famille ou amis) dans ses bras et qui ne le fait pas, pire: si on s'approche d'elle pour lui manifester son affection, elle a un léger mouvement de recul ou reste les bras balants, ne sachant que faire de son malaise encombrant.

Cette fille en moi que je déteste, c'est cette fille qui n'apprend pas de ses erreurs. Celle qui continue à perdre ses affaires parce qu'elle ne les range pas. Celle qui cherche toujours ses clefs et qui sait qu'elles peuvent être n'importe où y compris sur la porte ou dans le frigo. Celle qui sait qu'il faudrait mettre ces fichues clefs en hauteur [ car si elles ne sont pas perdues, elle peuvent avoir été subtilisées par une petite fille facétieuse ] mais qui ne le fait jamais, au final. Celle qui pique toujours les affaires de Monsieur ( en vrac écouteurs, pince à épiler, mètre-ruban, colle glue, paire de ciseaux...) et ne les remet jamais à leur place, sachant qu'immanquablement cela va faire sortir de ses gonds l'homme de sa vie. Celle qui, en entretien, doit reproduire les mêmes erreurs, faire les mêmes réponses, pour que l'issue soit invariablement négative.

Cette fille en moi que je déteste, c'est celle qui dit parfois "oui" alors qu'elle pense "non", celle qui invente des mensonges pour se sortir de situations qu'elle a elle-même provoquées, dans lesquelles elle s'est embarquée toute seule, celle qui transforme les faits pour mieux faire passer la pilule, celle qui s'engage pour faire quelque chose et se défile en trouvant toujours de bonnes excuses.

Cette fille en moi que je déteste, c'est aussi celle qui a passé une mauvaise journée et qui s'énerve toute seule, celle qui essaie de le faire payer à l'homme qui partage sa vie en tirant la tronche à son retour et qui, au lieu de dire simplement les choses, répète à qui veut l'entendre que "non non il n'y a rien" "Non tout va bien". Celle qui, fatiguée, crie sur ses enfants alors qu'ils n'y sont pour rien. Celle qui marmonne en écaillant les oeufs, dans sa cuisine, en promenant un nuage noir au-dessus de sa tête, comme dans un dessin animé.

Cette liste n'est pas exhaustive. Il reste d'autres facettes de ma personnalité que je déteste, même si il ne tient qu'à moi qu'elles ne prennent le pas ou non sur mes bons côtés. Tout dépend de quel pied je me suis levée, si je vois les choses en noir ou si je suis de bonne humeur. Le temps passe et j'apprends aussi à regarder cette fille que je déteste avec un peu de tendresse...

magritte