Il y a celles avec qui on a fait les 400 coups quand on était petite ou adolescente, celles qui ont partagé nos premiers émois, nos disputes de cour de récréation, nos premières sorties en boîte ou nos palettes de maquillage bon marché. Les amies d'enfance, celles qui partagent avec nous le secret de nos premières bêtises, comme un lien invisible qui nous unit, à la vie à la mort, à l'ancienne, celles qui piquaient des petits trucs à la librairie pour nous les refiler ensuite, celles avec qui on révisait le bac allongées dans l'herbe sous le doux soleil de juin, celles avec qui on s'est fâché pour un truc quelconque dont on ne se souvient même pas, mais qu'on retrouve avec bonheur grâce aux nouvelles technologies, celles qui nous ont pardonnées et à qui on pardonne. Elles ont fait leur vie, on a fait la notre. Des vies parfois accidentées. Elles sont celles dont je savais tout et dont je ne sais plus rien, juste à peine ce qu'elles veulent bien en dire, mais dont je respecte la pudeur. Elles gardent en elles le souvenir de ces moments partagés, de ces temps anciens qui paraissent si lointains et pourtant si proches, où tout restait à écrire, où tout n'était qu'inscouciance, on partait d'une page blanche. Et aujourd'hui, quelques mots sur un clavier, un sourire, une promesse et c'est comme si on ne s'était jamais quitté, peu importe si ce n'est qu'éphémère. Leur bonheur me transporte, leur malheur m'affecte. La distance ne change rien à l'affaire. Et quand le hasard m'emmène dans cette ville où nous avons tant traîné, alors je met mes pas dans les leurs et c'est comme un pélerinage qui débute.

Il y a celles sur lesquelles je me suis trompée, celles avec qui ça n'a pas accroché tout de suite, celles que j'ai mis du temps à apprivoiser. Pourquoi? Je ne sais pas. Peut-être étais-je dans un mauvais jour... Peut-être n'étais je pas réceptive, le nez dans le brouillard, soucieuse d'autre chose, soucieuse d'un ailleurs. Elles m'ont fait regretté mon manque de discernement, elles m'ont forcée à me remettre en question. J'ai peut-être été cassante avec elles, j'ai même prononcé des paroles malheureuses. Aujourd'hui c'est oublié...

Il y a celles avec qui je navigue en eaux troubles, celles avec qui je ne sais pas si ça pourrait marcher, celles dont seul l'avenir me dira si nous étions faites pour nous entendre, ou peut-être même que je ne le saurai jamais...

Il y a aussi celles que j'ai plaisir à croiser au détour d'une promenade, d'une petite course en ville, celles que j'aime et à qui je ne le dis pas assez mais qui sont là, pas loin, tout près, comme un paysage familier. Celles qu'on voit en pointillés mais dont on sait qu'elles ne nous en veulent pas, celles qu'on a perdu de vue, un peu, parfois, mais qu'on retrouvera, il suffira d'un coup de téléphone, d'une soirée cosy autour d'un bon repas.

Il y a la douce amie, celle avec qui tout coule de source, celle qui "vous connaît bien mais vous aime quand même". Elles vous acceptent telle que vous êtes, et vous rendent même meilleure. Elles sourient de vos défauts et vous font oublier les leurs. Elles vous pardonnent vos loupés et vous pardonnez les leurs. Elles sont là dans les bons moments, mais aussi les mauvais, sans rien attendre en retour.

Et puis il y a celles que vous admirez secrètement. Elles sont solaires, lumineuses, comme si rester à leurs côtés tel un satellite un peu paumé, vous ferait profiter de leur énergie, de leur chaleur, de leur lumière. J'en ai rencontré dans ma vie, comme si moi, timide et réservée, j'avais cherché mon antidote: expansive et chaleureuse.

Mes amies, je ne leur dis pas assez que je les aime. Je ne sais pas les prendre dans mes bras, pourtant Dieu sait si j'en ai envie, je suis une maladroite du sentiment. Elles sont mon phare dans la nuit, mon socle, mon réconfort, mon équilibre. Et celle qui couche ses sentiments sur le papier, incapable de les exprimer de vive voix, sait combien la frontière entre l'amitié et l'amour est ténue, combien aimer mais aussi être aimé porte chacun de nous vers le meilleur de ce que nous sommes.

 

 

(note pour moi-même: arrêter avec les titres de chansons kitch)

 

doigts