Une peau dorée, des boucles brunes et des yeux comme des éclats de nuit. Je l'ai connue elle venait d'avoir 3 ans. Je ne peux pas dire que je l'ai connue, je l'ai aperçue, mais la connaît-on vraiment un jour ?… Un papa, l'air épuisé, avec au bout du bras, une petite fille, encore un bébé, gesticulant, hurlant, pleurant. Je me souviens avoir mis ça sur le compte de l'angoisse de la séparation, sur le stress de cette première rentrée scolaire. Les jours ont passé, les semaines aussi. Et toujours les mêmes cris, le même papa désemparé, la même maman préoccupée, poussant dans une poussette une petite sœur toute calme. On échangeait quelques regards, là, devant la grille de l'école. Mais je venais de donner naissance à ma fille. Et j'étais encore dans cette période où nuits et jours se confondent, où la fatigue est chronique, et où l'on a pour seul horizon un nourrisson qui appelle, appelle et appelle sans cesse, sorte de no-man's land maternel…

 

Je ne me souviens plus de ce que je lui ai dit, à la maman préoccupée, la première fois qu'on s'est parlé. Mais même si elle a préféré prendre les devants, je savais, enfin je devinais. Je savais les crises de pleurs, je savais les mots qui tardaient à venir, je savais les cris, je savais la détresse du papa, le courage aussi, le dévouement de la maman et l'oubli de sa personne, je savais les nuits sans sommeil et les jours sans repos. Je pensais savoir mais je ne savais rien. J'imagine mais je ne sais pas, je ne sais rien. Je suis juste celle qui observe, celle qui écoute, juste une amie, une confidente, une oreille bienveillante.

 

De maman préoccupée elle est passé à maman débordée, courant de rendez-vous en rendez-vous. Elle a remué ciel et terre, a décroché la lune, les étoiles et quelques planètes au passage, pour la petite fille. Petite fille d'ici et d'ailleurs, un ailleurs concret là-bas, de l'autre côté de l'océan, un pays chaud et verdoyant avec le soleil en guise d'ADN ; un ailleurs abstrait dont elle seule à les clefs. Peut-être, si vous le méritez, elle vous en ouvrira une fenêtre, mais pour ça il faudra éviter d'en enfoncer la porte.

 

Les efforts de la maman débordée finissent par payer. Peu à peu, elle apprivoise ce monde où tout va trop vite, trop fort. Elle apprend à manier les mots. Elle apprend les signes et les codes d'un monde régi par les convenances, les politesses et les courbettes, où la spontanéité n'a que peu de place. Elle, elle conjugue ses émotions à l'impératif. Avec elle tout est plus beau, plus grand, mais surtout plus urgent. Pour elle, le murmure est vacarme, la frôler c'est la bousculer. Mais elle qui ne voulait pas que je la touche, elle qui me regardait à peine, elle m'accueille avec un sourire qui ferait fondre la banquise en se jetant dans mes bras.

 

Bien sûr, tout n'est pas parfait et l'avenir toujours incertain mais si l'amour d'une maman peut beaucoup, l'amour de SA maman peut tout.

Petite fille, pour ta maman, pour ton papa, pour tous ceux qui ont la chance, que dis-je l'honneur de te croiser sur leur route, tu es parfaite, absolument parfaite…

mariaclara

 

(à noter que j'ai publié cette note avec l'accord de sa maman, sinon je ne l'aurai pas fait sans ça... Que j'embrasse fort fort en passant)