L'enfer existe et il a un nom. Et comme on est en 2014, il a même un acronyme! L'enfer, si tu as deux enfants ou plus en bas-âge, a donc un nom: T.G.V. !  Mais attention, là je ne te parle pas du TGV qui parcourt en un clignement d'oeil les 220km qui séparent Paris et Lille soit une heure top-chrono. Non là je te cause du TGV de compétition, celui qui paraît ne jamais finir, celui que même si en Inde tu te tapais du 10h pour relier Delhi-Bénarès dans un train au confort inexistant précaire, à côté c'était une promenade douce et bucolique. Là je te cause de 6 heures de TGV avec une furie de 2 ans et demi et un petit bonhomme de 5 ans et demi. D'ailleurs il faudra qu'on m'explique pourquoi le TGV met 3 heures pour parcourir les 800km qui séparent Paris et Marseille et 6 heures pour s'enquiller les 900km de Paris à Pau. Soit je ne sais plus compter (l'ai-je d'ailleurs déjà su?!), soit les marseillais ont filé un pot de vin aux ingénieurs de la SNCF. Bref... En ce mardi 22 avril, me voilà embarquée de mon plein gré , oui oui, je répète: de mon plein gré, dans le train pour Pau de 14h28, en gare Montparnasse, avec mes deux lutins, et voici le récit de mon aventure.

14h20: Nous voilà à nos places respectives et force est de constater que le train est bondé et que ce que la SNCF appelle le "carré-enfants" s'est transformé, comme souvent, en "carré-enfants-adultes-ados-petits vieux". En général, j'aime le partage entre générations mais j'avoue que d'un coup j'aime beaucoup moins quand c'est dans un compartiment TGV de 10m carrés. Vous allez vite comprendre pourquoi.

14h27: Dieu existe! Il reste une place disponible dans mon compartiment et je ne serai pas obligée de porter ma fille sur mes genoux pendant 6 heures. Et oui, la radine l'optimiste que je suis a réservé uniquement deux places assises, le site SNCF disait que "votre enfant de moins de 3 ans peut voyager sur vos genoux".

14h28: La sonnerie retentit et les portes du train se referment.

14h30: Je redécouvre les lois de l'isolation phonique et je répète pour la dixième fois à Olivia de parler doucement et de ne pas crier: je ne suis qu'à 10cm d'elle.

14h40: Mes deux chatons ont déjà, en vrac, joué aux Visiteurs avec les petites lumières des sièges (pour les plus jeunes: faire jour-nuit, jour-nuit et rire comme une hyène) - heu c'est pas comme si ils n'avaient jamais été en contact avec la civilisation moderne), déplier-ranger-déplier-ranger la petite tablette sous le regard consterné du monsieur du siège d'en face, tirer les stores...

15h00: Je sors mon arme secrète: 2 livres avec des autocollants à coller. Des petits filles à habiller pour ma puce et des romains à habiller et accessoiriser pour mon grand.

15h10: Je découvre avec stupéfaction que dans le livre du grand il y a des cadavres qui pissent le sang à placer dans une arène. Serait-ce donc une fausse bonne idée?

15h20: La fausse bonne idée se confirme: La miss s'énerve car elle n'arrive pas à décoller correctement les autocollants. Du coup, elle perd son calme et fait profiter de sa jolie voix à tout le wagon.

15h40: On abandonne un peu le livre à autocollants après avoir mis 10 paires de lunettes et 8 jupes à une même petite fille sur papier glacé.

15h45: C'est le petit jouet du Quick qui me sauve la donne puisque Olivia a jeté son dévolu sur le petit cheval mauve qu'on a reçu en cadeau dans la box de ce midi. Du coup, elle lui fait faire pipi et caca dans son auge (avec les bruitages forcément). Hahem...

16h00: "Maman, on peut aller chercher des chips?!" Ha Flûte j'avais oublié que j'avais un 2ème enfant qui voyageait avec moi. "Oui Joshua, dans 5 minutes, ta soeur a retrouvé son calme, laisse-moi juste profiter de cette accalmie".

16h20: "Maman je me suis fait mal" Oups le grand s'est pincé la main droite en jouant avec la petite poubelle du compartiment. (Bon d'accord, j'ai oublié de mentionner cette vieille passion entre mon fils et les objets qui s'ouvrent et se ferment) Finalement on va aller les chercher ces chips.

16h30: Je quitte le wagon pour me diriger vers le bar avec mes deux enfants, laissant sans doute derrière moi le carré-enfant de la voiture 8 du train 8590 exsangue et au bord de la crise de nerf.

16h40: J'arrive au bar où le serveur couvre ma petite furie rose de compliments sur son joli tutu et ses bijoux de princesse. (Et oui: le mal revêt souvent des aspects des plus agréables pour faire son oeuvre hahaha... ) - Tandis qu'Olivia tourne sur elle-même, contente de son effet. On achète 2 paquets de chips et un remontant coca pour maman. Et on s'assied tous les 3 parterre. Bah oui, dans le TGV, le bar doit être un lieu très fréquenté, or pour vendre plus, il faut qu'il y ait beaucoup de clients. Donc le client ne doit pas squatter le compartiment, il doit avaler sur le pouce un sandwich pré-emballé à 7 euros (j'exagère un peu là), debout, et laisser la place fissa à un autre voyageur (qui a sans doute quitté son compartiment pour échapper aux cris d'un petit monstre qui opère là-bas).

17h10: Comme je suis une fille sympa, je laisse la paix à mes compagnons de voyage pour un certain temps. 30 minutes ça me paraît bien alors on regagne notre compartiment le plus lentement possible.

17h12: Mais pourquoi donc est-ce que je constate, en traversant les 4 wagons qui me séparent du bar, que tous les autres enfants du train dorment? Y aurait-il eu une distribution de somnifère par la SNCF? Pourquoi n'ai-je pas été conviée?

17h15: On se rassoit et on souffle. Entre temps nos compagnons de voyage ont un peu changé, il y a eu un arrêt. Mais toujours aussi peu d'enfants dans mon carré-enfants.

17h30: Ca y est: Olivia est fatiguée, elle crie, trépigne, s'énerve et tout le monde nous regarde. J'essaie de la coucher, lui donne son oreiller préféré, sa petite couverture, son doudou. Rien n'y fait.

17h34: Dans ma tête tout va très vite. Option 1: je ne dis rien, je reste calme, propose plein de choses à ma puce espèrant tomber sur ce qui l'apaisera et je m'attire les foudres de mes compagnons de voyage. Option 2: je crie et je m'attire les foudres de mes compagnons de voyage. Option 3: je met une fessée et je m'attire les foudres de mes compagnons de voyage. Option 4: Je demande conseil à mes compagnons de voyage qui semblent tous avoir un diplôme de Super Nanny en poche . Ni l'une ni l'autre, si mon voyage du mois d'octobre m'a appris une chose, c'est que dame Poussette est mon alliée. Je sors donc ma poussette, la déplie dans le couloir et y dépose mon petit paquet rose hurlant. Comme quand elle était un tout petit bébé, je la berce les yeux dans le vague en utilisant la méthode Coué et en répétant doucement "ça va marcher, ça va marcher". Et ça a marché.

17h44: La puce a sombré dans un doux sommeil et ni la porte du compartiment qui s'ouvre et se ferme constamment, ni les annonces du conducteur ne semblent la réveiller.

17h50: Je me rappelle que j'ai un second enfant. Il joue à Minion Rush sur le téléphone portable en écoutant les conseils avisés d'un jeune homme de 17 ans pour qui, chose incroyable, tenir le crachoir à un gosse de 5 ans ne semble pas une corvée.

De 18h à 19h30: Je bénéficie d'une douce accalmie dans mon voyage durant laquelle je regarde les Landes qui défilent et je discute avec une jeune femme de 37 ans (mais pourquoi a-t-elle l'air d'en avoir 25? Dieu que la nature est injuste...) qui me confie ses déboires amoureux et ses convictions sur la réincarnation (conversation surréaliste).

19h30: Olivia se réveille, l'air grognon. Elle ne comprend pas ce qu'elle fiche là et compte bien le signaler à nos compagnons de galère de voyage. Il me faut la prendre dans les bras, tout en essayant de comprendre son charabia fatigué. On fait les 100 pas dans le couloir.

19h55: Je commence à être à l'étroit dans le couloir car les gens, prévoyants, ont déjà mis leurs manteaux, sorti leurs valises, et se sont assis dans le couloir alors qu'il reste encore 20 minutes de trajet.

20h16: On arrive enfin à destination! Je jette mes sacs sur le quai et la jeune femme avec qui j'ai lié connaissance m'aide à descendre la poussette et son occupante. On se fait la bise et je suis soulagée que ce voyage soit terminé, un peu triste de quitter cette douce jeune femme qui m'a apportée un peu de réconfort; mais contente de voir ma maman sur le quai, sourire aux lèvres.

 

Message perso à mes compagnons de voyage voiture 08, TGV Paris-Tarbes de 14h28: Je vous aime ;-) et je vous demande pardon, vous avez été formidables...